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Autobiographie en ville
Publié le 02/05/2009
Une seconde à peine qu'il est dehors et déjà, il se voit en reflet dans une façade d'immeuble, légèrement déformé par l'ondulation du verre de la façade. Auparavant, plusieurs miroirs, entre la porte de son appartement et celle de son immeuble, lui ont permis de vérifier sa tenue et sa gueule.
De fait, il est possible de s'observer partout soi-même en ville. L'architecture est devenue un mécanisme autobiographique pour tous. Jamais, dans l'Histoire des hommes, il n'a été possible de se voir autant de fois réfléchi par les matériaux qui nous entourent. On sort pour prendre de ses nouvelles. Le miroir est systématique. Parure métallisée des voitures, immeubles habillés de verre du sol au ciel, rétroviseur, bois cirés réfléchissant, vinyles, plastiques, laques. Ne parlons pas des caméras. Pas étonnant que l'individualisme et l'autobiographie triomphent. Le besoin terrible de se mettre en fiction et de raconter sa vie résultent peut-être de ce bombardement continuel de soi par l'environnement urbanisé des vies contemporaines.
Le fait que le verre soit fragile, qu'il soit l'opposé de la pierre, renforce un peu plus l'identification avec la précarité du reflet, bref passage de son corps dans son propre regard comme dans l'existence tout court. Un monument se devait d'être durable. Il se doit maintenant d'être réfléchissant. Depuis l'enfance, nous vérifions notre présence grâce aux rues. La ville offre ainsi des outils permanents pour se raconter qui débouchent dans une littérature de soi directe ou indirecte. L'iconoclastie consisterait alors à détruire les villes. Et la fin de l'autofiction, un paradoxal retour à la terre.




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